Inroads numéro 59 : souveraineté du Québec et en Alberta, les élections de mi-mandat aux États-Unis, l’après-Trump, l’après-orban, la social-démocratie au Danemark et les difficultés du Labour au Royaume-Uni
Pour la deuxième fois, je collabore à la revue numérique Inroads, dont le numéro 59 vient d’être publié, gratuitement, en ligne. J’y traite de l’état du mouvement souverainiste à la veille des élections provinciales du 5 octobre prochain. Mais la revue regorge de textes éclairants sur la situation au Canada et à l’étranger, rédigés par des intellectuels de renom, pas toujours aussi connus qu’ils le devraient au Québec. S’il est question des élections québécoises (Anne-Michèle Meggs signe un article sur le facteur Carney durant la campagne), l’un des dirigeants de la revue, le Montréalais Henry Milner, réfléchit aux conséquences d’une défaite démocrate possible aux élections de mi-mandat aux États-Unis, qui auront lieu aussi à l’automne. Derek Shearer propose pour sa part des façons de se préparer à l’après-Trump. Une analyse du prochain référendum en Alberta suscitera aussi votre intérêt ainsi que des réflexions sur la vie politique au Danemark, en Hongrie et au Royaume-Uni. Je vous présente une traduction française du mot de présentation du numéro par son rédacteur en chef, Bob Chodos.
Présentation d’Inroads 59
Inroads (https://inroadsjournal.ca) propose, dans ce numéro, une analyse approfondie de la prochaine élection au Québec, ainsi que des développements politiques dans trois autres provinces.
Par Bob Chodos
Lorsque Inroads a été fondée en 1992 avec l’ambition de jeter des ponts entre les différentes « solitudes » du Canada, l’une des principales fractures qu’elle souhaitait contribuer à combler était celle qui séparait le Québec et le Canada anglais. Cet objectif revêtait alors une importance particulière, à l’époque de l’Accord de Charlottetown, de la montée du Bloc québécois, du référendum sur la souveraineté de 1995 et de l’adoption de la Loi sur la clarté. Si, depuis, le Québec n’a pas toujours occupé le devant de la scène dans les préoccupations des Canadiens anglophones, offrir des reportages et des analyses rigoureux, éclairés et nuancés sur son évolution est demeuré au cœur de la mission d’Inroads.
Même si la Coalition Avenir Québec (CAQ), au pouvoir, a montré de nouveaux signes de vigueur sous la direction de Christine Fréchette, qui a succédé à François Legault au poste de première ministre en avril, l’élection québécoise prévue le 5 octobre marquera très vraisemblablement, après huit années de gouvernement, la fin du règne caquiste. Le vainqueur le plus probable — sans que l’issue soit pour autant acquise — demeure le Parti québécois, qui s’est engagé à tenir un nouveau référendum sur la souveraineté. Michel Venne retrace les hauts et les bas du mouvement souverainiste depuis 1995 et en évalue l’état actuel dans En 2026, que veut le Québec ? (In 2026, what does Quebec want?) De son côté, Anne Michèle Meggs propose, dans Le facteur Carney dans l’élection québécoise (The Carney factor in the Quebec election), une lecture du scrutin à la lumière de l’approche pragmatique du premier ministre en matière de fédéralisme.
D’importants développements politiques sont également survenus dans d’autres provinces. L’Alberta possède désormais son propre mouvement souverainiste et attend la tenue d’un référendum — non pas sur la souveraineté elle-même, mais sur l’opportunité d’organiser un référendum portant sur cette question. Mark Crawford fait le point dans Maintien dans la fédération ou référendum ? (Remain or referendum?) Reg Whitaker analyse la crise politique que traverse la Colombie-Britannique autour du processus de réconciliation avec les Premières Nations, alors que le premier ministre David Eby se trouve pris entre les engagements pris envers celles-ci et les inquiétudes suscitées par la protection des droits de propriété (Quand le principe juridique l’emporte sur la prudence politique / When legal principle prevails over political prudence). Au Nouveau-Brunswick, rompant avec le centrisme qui caractérisait le Parti libéral depuis les années 1980, le gouvernement de Susan Holt expérimente une forme de libéralisme empathique, comme l’explique Andrew Nurse dans Merci de nous avoir confié cela (Thank you for sharing).
Trois articles sont consacrés aux États-Unis. Dans son éditorial (Une élection cruciale — si elle a lieu / A crucial election – if it takes place), Henry Milner souligne l’importance d’une victoire démocrate aux prochaines élections de mi-mandat et avance que le Parti démocrate devra peut-être modérer certaines de ses positions afin de maximiser ses chances de succès. Fort d’une vie entière de militantisme au sein du Parti démocrate, Derek Shearer soutient que les démocrates doivent expliquer ce qu’ils proposent, et non seulement ce à quoi ils s’opposent (Préparer l’après-Trump / Planning for the day after Trump). À cette fin, il présente un « Programme économique ambitieux pour l’Amérique », élaboré avec plusieurs collaborateurs. Pour ma part, je poursuis la réflexion amorcée dans le numéro précédent sur le mouvement MAGA et les chrétiens évangéliques (MAGA and evangelical Christians) en examinant cette fois les attitudes de certaines figures de proue du mouvement MAGA à l’égard des Juifs. J’y constate un niveau de tolérance envers l’antisémitisme qui constitue une rupture préoccupante avec les normes observées au cours des dernières décennies (MAGA et les Juifs / MAGA and the Jews).
Également dans ce numéro :
- Zsuzsanna Magyar examine comment le parti d’opposition Tisza a mis fin au régime illibéral de Viktor Orbán lors des élections en Hongrie et explique pourquoi, malgré des sondages annonçant un tel résultat, celui-ci a néanmoins pris de nombreux observateurs par surprise (Une révolution par les urnes en Hongrie / Revolution by election in Hungary).
- Les sociaux-démocrates de Mette Frederiksen ont remporté le plus grand nombre de sièges aux élections danoises, mais, comme l’explique Jacob Christensen dans Fragmentation et incertitude au Danemark (Fragmentation and uncertainty in Denmark), ils ne disposent d’aucune voie facile pour former une coalition au sein du système partisan particulièrement complexe du pays.
- Les résultats des élections aux autorités locales ainsi qu’aux parlements écossais et gallois ont été catastrophiques non seulement pour le Parti travailliste au pouvoir, mais aussi, comme le souligne Eric Shaw, pour le traditionnel bipartisme britannique (La catastrophe du Labour / Labour’s catastrophe).
- Geoff White signe une recension de deux ouvrages : l’étude de Branko Milanovic sur l’économie mondiale (Les épreuves de l’ordre international fondé sur des règles / The trials of the rules-based international order) et le livre de Philippe Sands retraçant le destin croisé d’un dictateur chilien et d’un criminel nazi en fuite, au Chili, où Geoff White a été commissaire commercial du Canada (Éclairer les zones d’ombre du passé chilien / Sharpening the shadows of Chile’s past).
- Dans le numéro précédent, Henry Milner réfléchissait au changement des générations à partir d’un ouvrage consacré au ghetto de Łódź pendant la Seconde Guerre mondiale, où périrent plusieurs membres de sa famille. Il poursuit ici sa réflexion sur la manière dont l’Holocauste a façonné notre perception des siècles qui l’ont précédé (S’interroger sur le passé juif / Asking questions about the Jewish past).
- Dans ses poèmes (Mécontentement, fondamentalisme et ambiguïté / Discontent, fundamentalism and ambiguity), Philip Resnick prend ses distances avec notre premier ministre tant célébré et s’interroge sur l’attrait du fondamentalisme religieux comme réponse au désordre de notre époque.



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